Bien qu'ils soient une vérité inéluctable, les rides et les cheveux blancs restent toujours le seul rendez-vous qu'Eve tente de remettre à jamais. Redoutant de voir sa chère beauté s'évanouir comme un soleil déclinant derrière les collines, se rebellant contre le temps, la femme refuse de s'incliner devant ses outrages. Et voilà que la science et la grande évolution marquant l'univers esthétique parviennent à traduire le rêve de la ''Beauté'' en un concret satisfaisant la femme. Toutefois, le rêve parfois se transforme en un vilain cauchemar dès que le retour au point de départ s'avère impossible. Parce que tout jeu a ses propres codes, qui accepte le pari, à lui d'accepter la perte!
Nombreux sont-ils, hommes et femmes confondus, à avoir subi de nombreuses opérations chirurgicales pour transformer ou plutôt embellir leur apparence. Pourtant, le détail qui les gêne persiste, encore et toujours. Deux stars du grand écran en ont récemment fait les frais. La sphère internet a ainsi beaucoup moqué Renée Zellweger qui a fait une sortie médiatique sous une apparence visiblement trop botoxée, fin 2014. Uma Thurman n'a pas non plus échappé aux foudres de la toile après une transformation faciale plutôt déstabilisante début 2015. L'actrice a très vite été la cible de détournements humoristiques et les clichés, pris le jour de l'avant-première de la série La Gifle, ont fait le tour du monde. Nombreux sont ceux, partout dans le monde, à devenir méconnaissables sans que l'on comprenne ce qui les a conduits à vouloir ces changements radicaux.
Quels sont les motifs qui poussent ces récidivistes du bistouri à multiplier les opérations jusqu'à devenir méconnaissables? Comment expliquer ces visages déformés par les opérations de chirurgie esthétique à répétition, ces nez rabotés à l'extrême, ces seins toujours plus gros ? Chirurgien esthétique depuis plus de vingt ans, Dr Yasser El Sayyed El Badawi, distingue plusieurs profils chez ces demandeurs d'opérations à outrance. Certains se font retoucher la même partie du corps plusieurs fois. «Je me suis fait refaire les seins après avoir allaité mes enfants. Je n'ai pas supporté de perdre ma poitrine, raconte Mona, une jeune maman. Au début, j'étais satisfaite. Puis j'ai repris rendez-vous pour me faire opérer à nouveau. Une fois qu'on a passé le pas, on a envie de recommencer. On se dit que ça peut toujours être mieux, qu'on peut être perfectible».
Une demande toujours abusive
En Egypte, les chirurgiens tentent de poser un cadre pour lutter contre les dérives et les excès. Il y a une déontologie et des règles de bonnes pratiques dans la profession. «Un chirurgien doit toujours analyser la demande du patient et se poser la question : est-ce que sa demande est fondée ou abusive ? » précise Dr Sayyed. Au nom de cette éthique, le chirurgien refuse d'opérer les patients qu'il juge «obsessionnels». Mais souvent très déterminés, ces derniers refusent de prendre en considération l'avis du médecin et cherchent à prendre rendez-vous chez un «concurrent». Pour le chirurgien, la seule façon d'être totalement honnête et vigilant est de faire circuler l'information au patient et sa famille. Face à la débrouillardise des obsessionnels qui arrivent à contourner ce système informel, le chirurgien l'avoue : faire preuve de bienveillance est parfois insuffisant. « Ils n'ont pas de limites. Quand ils sont grillés dans une ville, ils vont se faire opérer dans une autre ville», raconte-t-il.
Le miroir ment, et son entourage aussi
À côté de ces perfectionnistes excessifs, les chirurgiens rencontrent des personnes atteintes d'un véritable trouble de l'image de soi. Elles sont convaincues d'être difformes, et sont persuadées qu'un défaut, pourtant minime, est énorme et focalise l'attention des autres. Dans ces cas précis, Dr Sayyed, alerté, demande l'avis d'un psychiatre pour savoir si le patient est atteint d’une dysmorphophobie, cette préoccupation obsédante d'avoir une partie du corps laide ou malformée (le nez, les seins, la pilosité, etc.) Pour le patient, le miroir ment, et son entourage aussi. Ces cas ont tendance à se tourner vers la chirurgie plastique pour tenter d'échapper à leur malaise corporel. Or le traitement est ailleurs: cette crainte dépasse les compétences d'un plasticien.
Si un chirurgien corrige une anomalie sur une partie du corps, le psychiatre corrige une perception. Les deux professions travaillent main dans la main pour détecter, puis soigner ces cas. Le rôle du psychiatre est d'analyser le degré de mal-être : il donnera son feu vert au chirurgien, ou découvrira un vrai problème mental. «Le souci peut aller d'une simple préoccupation anxieuse jusqu'au délire le plus grave», explique Dr Sayyed.
L'obsession d'avoir une silhouette "Barbie"
Alors que les silhouettes de poupée Barbie, avec la taille ultra compressée, parfois en enlevant des côtes et les seins brutalement siliconés, se répandent dans le milieu artistique où la culture de la 'Bimbo' gagne du terrain, elle reste rare parmi les gens ordinaires, assure le spécialiste. Les excès en chirurgie dépendent largement de la culture et du système dominant parmi les diverses catégories sociales. Les Libanais, par exemple, utilisent le bistouri non pas pour corriger un complexe mais pour s'occidentaliser dans l'espoir de se faire connaître et gagner plus de fans dans le milieu artistique qui dépend largement de la beauté. Là, où le bikini règne en maître, l'augmentation chirurgicale des fesses est très demandée. Les Libanais sont d'ailleurs aujourd'hui les premiers consommateurs de chirurgie esthétique au monde, après avoir détrôné les Egyptiens il y a quelques années.